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Fourchette et Couteau - Intuition féminine

Extrait de "Le Bon Esprit des Objets"

Illustration de l'histoire Fourchette et Couteau - Intuition féminine

Après des petits boulots pas si tranquilles que ça et suite à quinze jours de vraies vacances, Gabriel et Léa sont rentrés chez eux et vont entamer leur dernière année d’étude. Avec au bout, selon toute logique, les diplômes qui leur ouvriront les portes de parcours professionnels passionnants et gratifiants. 

 

Pour le moment, ils sont dans la cuisine, affairés à préparer un plat de fin d’été. Pas compliqué, il suffit de disposer viandes et légumes dans une cocotte et de mijoter une grosse heure. Ils ont près d’eux la tablette qui affiche la recette : “Difficulté : très facile, coût : abordable, temps de préparation : une demi-heure, temps de cuisson : une heure et dix minutes”.

Gabriel épluche les légumes, Léa les débite à la taille indiquée et les jette dans l’eau qui chauffe. Les viandes ont été, à leur demande, parées par le boucher. Un bouquet garni, sel, poivre et on ferme le couvercle pour que la magie opère.

La recette est affichée sur la tablette, posée sur la table. Elle indique : “dix minutes avant la fin de la cuisson, ajouter les pommes de terre”. Le minuteur est donc réglé sur soixante minutes.

Léa nettoie le plan de travail et lave les ustensiles, Gabriel rassemble les épluchures et les jette dans la poubelle sous l’évier. Il n’y a plus qu’à attendre…

 

 

« Vite, vite ! Réveille-toi Couteau. Il a mis Économe à la poubelle !

— Tu es sûre ?

— Je l’ai vu faire, il l’a posé le sur le tas d’épluchures, il a été pris par autre chose un moment et ensuite il a tout rassemblé et jeté dans le seau sous l’évier. Tu te rends compte, notre meilleur copain à la poubelle !

— Attends, il pique et coupe très bien et il est au milieu d’épluchures de pommes de terre, d’oignons ou de carottes dans un sac en plastique très fin. Il est débrouillard, il va s’en sortir.

— Mais il est dans un seau épais et très solide. En attendant d’être transféré dans un container encore plus solide. Au bout du voyage, la crémation ! »

Les deux couverts sont abasourdis et démunis. Tout à coup une voix les surprend : « Attendez un peu, ça peut s’arranger !

— Hein ? Qui parle ? demande Fourchette

— C’est moi, la tablette sur laquelle est affichée la recette. Il est indiqué que dix minutes avant la fin de la cuisson il faut ajouter les pommes de terre.

— C’est vrai, confirme Couteau, je l’ai entendu dire par Gabriel quand lisait la recette à Léa pour avoir son approbation.

— Et je suppose qu’on ne met pas ces gros machins sans les éplucher ni les débiter en morceaux, ajoute Tablette. D’après le décompte qu’ils ont enclenché sur mon horloge interne, je dois sonner dans 37 minutes et afficher en gros et en rouge “LES PATATES” !

— Et si je te suis bien, Gabriel aura besoin de l’économe ! Tablette, c’est brillant ! s’enthousiaste Couteau.

— Attention les copains, doucement… On peut très bien éplucher des pommes de terre avec un simple couteau… euh… comme toi… par exemple, cela dit sans offense tempère Tablette. »

 

L’attente leur parait sans fin. Enfin, Tablette les avertit un peu avant que ça sonne. Fourchette et Couteau se crispent en voyant arriver Gabriel. Il prend une pomme de terre et cherche l’économe. Ne le trouvant pas, il saisit Couteau et commence à éplucher. Mais l’instrument fait son possible pour que ça se passe mal : il arrondit le fil de sa lame et Couteau ne coupe pas !

« Chéri, t’as pas vu l’économe ? Je dois éplucher les patates, demande l’apprenti cuisinier.

— Regarde dans l’évier… ou dans le tiroir. Peut-être que je l’ai rangé sans m’en rendre compte ?

— Non, je ne le vois pas. J’ai essayé avec les couteaux de table, mais ça ne va pas.

— Alors, prends le petit couteau d’office, lance Léa de la chambre. Après l’avoir utilisé, je l’ai lavé et il doit être sur la paillasse. »

Gabriel ne trouve pas le seul couteau de la maison qui coupe.

« Non, il n’y a rien, lance Gabriel

— Alors, on l’a peut-être mis à la poubelle. Ça arrive quand on débarrasse sans faire attention… dit Léa, fataliste. »

Gabriel sort le seau de dessous l’évier et cherche dans les épluchures des légumes.

« Je l’ai ! crie-t-il à sa compagne.

— Parfait, lui lance Léa »

Le sac étant plein, Gabriel le referme et en ficelle l’ouverture.

En le saisissant sous le nœud, il ressent une vive douleur dans un doigt. Vivement il relâche le sac et voit luire, sortie du fin plastique noir, la pointe d’un couteau.

« Et en plus on avait jeté le couteau d’office, lance-t-il à sa femme.

— On est vraiment des apprentis ! lui répond-elle en riant. »

A l’aide d’Économe, Gabriel épluche les pommes de terre et les coupe en gros morceaux avec Office. Avec les bons outils… pense-t-il.

 

Fourchette, Couteau et Tablette respirent.

« Et en plus on a failli perdre Office ! souffle Fourchette

— Ça aurait été une très mauvaise journée, répond Couteau. Il faut qu’on soit très vigilant… À propos de vigilance, as-tu remarqué que Léa mange plus que d’habitude.

— Exact, et tu sais pourquoi.

— Parce qu’elle a plus d’appétit, je suppute.

— Et pourquoi a-t-elle plus d’appétit, gros bêta ? Allez, je t’aide : c’est un symptôme qui ne touche que les femmes…

— Tu crois que Léa… ?