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Le pèse-personne

Extrait de "Le Bon Esprit des Objets"

Illustration de l'histoire Le pèse-personne

Quand l’appartement est vide de ses habitants, ou la nuit quand tout le monde dort, trois objets connectés discutent et blaguent ensemble.

Tout d’abord, le plus imposant : le frigo. On le dit “intelligent”. D’après la pub, il peut tenir à jour l’inventaire de son contenu et dresser la liste des produits manquants. À condition, bien sûr, d’être méticuleux en rangeant et ressortant les courses — ce qui, avouons-le, n’arrive jamais. Mais cette fonction, fièrement mentionnée sur un dépliant, aide à vendre.

 

La balance de cuisine, elle aussi, est connectée. Avec son look des années 50 et son capot rouge écarlate, elle possède un accès internet — officiellement pour afficher des recettes ! Elle adore naviguer sur le Net à la découverte du vaste monde. Mais elle se désole en voyant des gens ne pas manger à leur faim. Elle, une balance de cuisine !

 

Et puis il y a le pèse-personne, surnommé par ses camarades “Pèse-Tout-le-Monde”. Un monstre de technologie ! En plus du poids, il délivre une foultitude d’informations, toutes plus indispensables les unes que les autres… si l’on veut simplement survivre.

 

Offert par ses collègues pour ses quarante ans, le cadeau a un goût doux-amer. Elle avait vaguement évoqué, en passant, sa vieille balance mécanique : « Je la garde, elle me donne toujours le même poids ! » Mais ça, c’était avant. Maintenant, le pèse-personne lui assène son poids “nouveau”, accompagné d’une avalanche d’indicateurs anxiogènes dont elle ignorait l’existence — et elle s’en portait très bien !

Mais ses trois copains ne sont pas, bien sûr, tout seuls dans l’appartement. Il y a la famille Delmas.

Le père, Jean-Yves, 45 ans, commercial dans les pièces détachées automobiles. Souvent absent en semaine, il passe ses week-ends à jouer aux cartes ou aux boules avec les copains, avant de venir se mettre à table avec sa “petite femme”, qui lui a mijoté de bons petits plats… sur commande : « Samedi, tu devrais nous préparer un bœuf bourguignon, ça fait une éternité ! »

 

Ou des tripes à la mode de Caen, une choucroute, un cassoulet… Voilà ce qu’il aime, Jean-Yves : les bonnes recettes traditionnelles de sa mère ! Comme lors de ses nombreux repas pris seul — ou avec ses clients — pendant ses tournées. « C’est la boîte qui paie, alors… »

Pour lui, le surnom de Pèse-Tout-le-Monde ne tient pas. Il faut garder l’appellation de pèse-personne, car il monte rarement sur une balance ! Plus lourd que la veille et moins que le lendemain…

 

Il y a la fille, Célia, 16 ans. En guerre contre le monde entier, surtout contre ses parents. Au collège, c’est la Bérézina, mais elle s’en moque. Elle sèche un jour sur deux, fume et boit tout ce qui lui tombe sous la main.

En plus de l’argent de poche, elle vole son père quand il est là. Il a toujours du liquide sur lui, car il joue — en cachette — au PMU. Au cas où il gagnerait, il ne compte pas le crier sur les toits ! Et bonus : il est souvent ivre, ce qui facilite les choses.

Pour des tas de raisons absurdes, elle ne mange jamais avec ses parents le week-end. Ils ont abandonné le combat.

Elle s’empiffre en permanence de trucs salés ou sucrés, et avale des boissons pétillantes improbables, les yeux rivés à son portable. Elle intervient frénétiquement sur les réseaux dits sociaux. « La vraie vie est là ! », se dit-elle — pas autour de la table familiale.

 

Et puis il y a la mère, Michèle, 40 ans. Avant sa naissance, ses parents étaient persuadés qu’ils allaient avoir un garçon, qu’ils avaient déjà prénommé Michel. L’ajout d’une lettre au prénom a atténué leur déception.

 

Elle a eu deux enfants : un garçon, brillant qui poursuit ses études à Londres et Célia qu’elle surnomme le Chaos !

C’est une femme qui a été très belle, elle est maintenant simplement belle pour son âge. Elle est régulièrement draguée par quelques-uns de ses collègues. Elle est flattée, mais n’a jamais cédé, moins par désir que par peur des complications !

Elle est restée coquette. Son niveau de vie lui permet presque tous les achats vestimentaires. Son problème, son mari. Il ne l’a plus touché depuis quelque temps et c’est tant mieux ! De toute façon, elle n’en a plus le souvenir ! Pourtant…

 

 

Christian, un jeune cuisinier, emménage au-dessus des Delmas, à l’étage des chambres de bonnes, nouvellement recomposés en petits appartements confortables. Après son diplôme, il a été engagé pour son premier emploi dans un restaurant “une étoile” situé à deux pas.

Il est heureux : un emploi valorisant et un logement plaisant, ça le change de ses années d’étude et de stage !

Depuis quelques soirs, chaque fois qu’il rentre chez lui, il remarque que sa montre vibre et affiche pendant quelques instants, en gros, un nombre. 66207, 66257, 66925, 66150. Puis disparait après une minute ou deux, sans explications. Christian a pris l’habitude de noter ces chiffres. Il est intrigué. Une combinaison, une suite, des conseils codés, mystère ?

C’est son jour de congé. Il part faire un footing lorsqu’il croise Michèle à l’entrée de la résidence. Salutations d’usage, vœux de bienvenue.

« Si vous êtes libre ce soir, venez prendre l’apéritif. Mon mari sera là, il ne part en tournée que demain.

— Euh… Oui…volontiers. À quelle heure ?

— Disons 19h, si ça vous va ?

— C’est parfait. J’y serai. Il lance une “bonne journée” avant de s’élancer.

— À vous aussi ! »

Michèle part, de son côté, faire quelques courses en centre-ville.

En plus de sa liste, elle passe chez le traiteur acheter quelques petits fours pour l’apéritif de ce soir. Et aussi une bouteille de pastis, son mari en boit tellement !

 

À l’heure prévue, Michèle entend qu’on dévale l’escalier et qu’on sonne à sa porte.

Elle présente Christian à son mari.

« Bienvenue dans la résidence. Vous verrez c’est bien, calme et on est presque au vert, lance Jean-Yves.

— J’ai vu ça, ce matin en faisant mon footing.

— Vous… vous avez fait un… footing ? s’étrangle le mari

— Oui, dès que je peux… j’aime bien.

— Mon mari a fait son dernier footing quand il faisait son service militaire, intervient Michèle

— Exact… Et déjà, je n’aimais pas ça !

— Qu’est-ce que vous voulez boire ? Il y a du pastis, du vin blanc ou de la bière, lance la maitresse de maison pour changer de sujet.

— Un verre de vin blanc, c’est très bien, dit Christian

— Et pour moi, tu le sais ma femme chérie, lance, goguenard, Jean-Yves
— Eh oui, ça fait vingt ans que je le sais… Moi aussi, je prends du vin blanc.

— Et alors vous êtes cuisinier chez l’étoilé, près d’ici ? interroge le mari

— C'est ça, confirme Christian.

— Je n’y suis jamais allé, il parait qu’on y bouffe bien !

— Prenez un petit four, intervient Michèle. »

Puis désignant une rangée du plateau,

« Celui-ci est délicieux, je l’ai gouté. Il est au foie gras.

— Non merci, répond Christian

— Alors moi, j’en prends deux ! s’esclaffe le mari. Vous n’aimez pas le foie gras ?

— Je suis végétarien, » glisse doucement Christian.

L’aveu a comme percuté, les tympans de Jean-Yves.

Il éructe « Un cuisiner végétarien ! Ça… ça me troue le cul !

— Jean-Yves ! intervient sa femme. Tu te crois avec tes collègues !

— Excuse-moi, chérie, mais c’est quand même bizarre, un…

— Je peux vous expliquer, coupe Christian. Le restaurant présente deux cartes, un menu “végétarien” et un autre “toutes saveurs”. Moi je m’occupe du menu sans apport animal et mon patron de l’autre.

— Et vous travaillez beaucoup, sans viande ? interroge le mari.

— On fait 50/50, répond le cuisinier

— Alors là… Allez au resto sans avoir un bout de viande, ça me dépasse !

— Tu t’en remettras ! adoucit Michèle

 

 

Quelqu’une est sortie de sa chambre pour suivre, bien cachée entre deux portes, la conversation.

Un terme l’avait accroché : végétarien. Et puis la consternation de son père l’avait ravie ! Enfin le profil du cuisinier est intéressant, juge Célia, dit le Chaos.

 

Pendant la conversation, Christian a senti sa montre vibrer plusieurs fois. Il n’a pas osé la regarder ostensiblement. Mais là, profitant d’un moment de flottement, il regarde. C’est encore un chiffre, 66742, mais maintenant c’est une notification, signée Pèse-Tout-le-Monde. Ce nom ne lui dit absolument rien. Une blague, sans doute…

 

Il demande à aller aux toilettes. En chemin, il surprend Célia, qui, manifestement, écoute aux portes. Surpris, il se reprend et demande : « Vous êtes Célia, je suppose, votre mère m'a brièvement parlé de vous.

— Exact, je suis le Chaos, comme elle a dû vous le dire, confirme l’adolescente.
— Euh… non, elle ne m’a parlé que d’une Célia.

— Ah bon, souffle-t-elle avant de filer dans sa chambre.

Christian consulte sa montre. Une notification est à nouveau affichée avec son énigmatique signataire. Mais une info supplémentaire, l’intrigue : la proximité. Il est pratiquement au-dessus. Il comprend ! Le pèse-personne qu’il voit dans l’entrebâillement de la salle de bain.

Pèse-personne, pèse-tout-le-monde… on a de l’humour dans le 2.0 !

 

Il est l’heure de se séparer, surtout que le mari a déclaré avoir “grand-faim” ! Sa femme lève les yeux au ciel. Et sur le ton de la confidence, glisse « Pour ne pas changer ! » en direction du cuisinier. Elle lui tend la main et dit : « Allez, bonne soirée à vous. Et pardonnez les excès de mon mari.

— Oh, vous savez, répond Christian, en cuisine, on n’est pas les derniers… Mais maintenant, dans le restaurant où je travaille, c’est plutôt un motif de renvoi ! Merci pour cette invitation.

— Merci à vous d’être venu. On recommencera quand mon mari sera en déplacement… À bientôt.

— Bonsoir », répond simplement le cuisinier.

 

Une fois rentré chez lui, il consulte sa montre connectée et repère les messages de Pèse-tout-le Monde. Afin de mieux travailler, il les transfère sur son PC. Il les lit et s’aperçoit que ce sont des sortes de bulletins de santé que l’appareil lui a envoyés. Les nombres reçus étaient, bien sûr, le poids, au gramme près ! De ce côté-là, ça va à peu près, mais d’autres chiffres l’inquiètent. Il questionne l’IA en lui fournissant quelques chiffres. Effectivement, ils ne sont pas bons. Pas alarmants, mais préoccupants confirme le modèle.

Il est tard, Christian se met au lit, son sommeil n’est pas paisible…

Demain, il essayera d’entrer en contact avec le frigo. Ils en ont parlé tout à l’heure… enfin surtout le mari, pour glisser, mine de rien, le coût astronomique. A ce prix-là, il a sûrement des caméras internes interrogeables à distance...

 

Quelques jours se passent. Christian a imaginé une prise de contact pas trop intrusive. Dans son restaurant, avec l’accord de son patron, il fait des crêpes et les accompagne de compotes diverses.

Après son service de midi, il les offre à sa voisine.

« C’est gentil, merci. J’ignorais que les végétariens consommaient des œufs et du lait.

— Il y a plusieurs types de végétariens... Allez, je vais dormir un peu, car ce soir nous avons un important diner. Une confrérie de… je ne sais plus quoi, a réservé tout le restaurant !

Il aperçoit Célia, au fond du couloir, qui a passé une tête.

Il lui fait un signe de la main, et, chose improbable… elle lui rend son salut avant de s’éclipser

— Alors, bon courage, dit Michèle en refermant la porte. »

 

Le lendemain, c’est jour de congé pour Christian… et heureusement ! La veille, la soirée de la Confrérie des Vignerons du Coin a été… gargantuesque ! Et a continué fort tard dans la nuit.

« Ils m’ont vidé presque toute la cave et les frigos ! confesse, extatique, le patron ! C’est la plus belle addition de ma vie ! Et elle est payée ! Houa ! »

On sonne à la porte. C’est Michèle qui rapporte les récipients des crêpes de la veille.

« Alors là, bravo, des crêpes légères et gouteuses et les petites compotes, rhubarbe surtout, c’était divin !

— Je suis content que vous vous soyez régalé

— Même Célia en a pris, certes pour les manger dans sa chambre… mais elle revenue se resservir !

— Et bien ! s’émerveille Christian. Et après un moment, je voudrais vous inviter à diner, avec votre mari et Célia. Vous montrez que le végétarien à du goût et que…

— Je vous arrête tout de suite… je connais mon mari, ça va se terminer en pugilat !

— Alors vous et Célia ?

— Avec le Chaos ? s’étonne Michèle… Je lui transmettrai l’invitation »

Michèle redescend chez elle. Elle découvre Célia, la tête dans le frigo. « Christian nous invite à diner, toutes les deux. Voilà, c’est dit.

— J’irai pas ! lance, véhément, le Chaos avant de s’enfuir dans sa chambre

— Je m’en doutais, souffle sa mère »

 

 

Christian, profite de sa journée de congé pour se connecter au frigo des Delmas. Effectivement, à l’intérieur, il y a trois caméras.

Lorsqu’il y a connexion, la lumière se déclenche. Et ce qu’il voit n’est pas beau-beau. De nombreux paquets enveloppés dans du papier sur lequel on trouve le logo d’une boucherie proche. Idem pour la charcuterie locale. Le volailler… Et même de la triperie !

« Et bien avec tout ça, ils ne sont pas encore morts ? On se croirait dans un film d’horreur » ! ironise le cuisinier végétarien.

Le bac à légumes est pauvre. Surtout, des ingrédients pour faire des sauces !

« Peut-être les légumes sont-ils dans le congélateur ? se dit Christian sans illusion. Mais, j’ai bien peur qu’il n’y ait que crèmes glacées et gâteaux bien sucrés ! Dommage, il n’y a pas de caméras… »

 

Le frigo a, bien entendu, détecté la connexion, et il pense connaitre le responsable, il a laissé faire.

Pèse-tout-le-Monde, à chaque utilisation par Michèle, transmet une alerte à Christian, qui, sur son PC, lit les infos complètes. Elles ne s’améliorent pas….

Balance-de-Cuisine se sent inutile. Elle assiste aux connexions de Frigo, Pèse-tout-le-Monde et le cuisinier. Elle se désole de ne pouvoir rien faire.

 

À l’heure dite, Michèle sonne à la porte.

« Je suis seule, dit-elle d’un air désolé.

— C’était à prévoir, dommage » répond Christian

Puis lui tendant une bouteille de champagne, ajoute :

« Tenez, j’en avais envie, alors…

— Il est frais, c’est parfait. Entrez, et installez-vous. Je dois avoir des coupes quelque part… »

La conversation s’engage, joyeuse et légère. Les verrines, les bouchées aux gouts subtils et les petites gourmandises que sert le cuisinier ravissent son invitée. Le champagne est excellent et accompagne parfaitement tout cela. Michèle est aux anges !

 

Christian la regarde intensément, une main sous le menton.

« Et votre santé ? » questionne-t-il, abrupt.

La question fait passer le visage de Michèle de souriant à grave.

« Vous savez ? »

Christian continue de bluffer : « En partie », répond le cuisinier. Évidemment il ne sait pas, il ne connait que les données fournies par Pèse-tout-le-monde et leurs analyses par l’IA.

Son invitée baisse la tête un bon moment, la relève et fixe son hôte droit dans les yeux.

 « Vous promettez de ne rien dire à personne… à personne, insiste-t-elle.

— Juré, craché, si je mens, je vais en enfer », lance Christian qui veut détendre un peu l’atmosphère.

Michèle hésite, semble chercher ses mots, puis se lance : « Elle indique sa malade, le diagnostic est établi. Elle a actuellement sous traitement, mais c’est un pis-aller. Il faudrait une intervention lourde, quinze jours d’hospitalisation, puis au moins trois mois dans un centre de rétablissement. Déjà ce “programme” me fait peur, mais aussi… »

Elle s’interrompt, on a sonné à la porte d’entrée. C’est Célia qui dit simplement : « Je peux me joindre à vous ?

— Entre, assieds-toi. Je vais chercher un couvert. »

 

Visiblement, la jeune femme prend plaisir à tout ce qu’elle déguste.

Après une bonne coupe de champagne — heureusement, c’était un magnum ! — elle demande à sa mère : « Comment vas-tu, Maman ? »

Michèle est doublement surprise : il y a très longtemps que sa fille ne l’a pas appelée Maman et qu’elle la questionne sur sa santé.

« Ça ne va pas trop mal, vu mon état ! répond-elle.

— Je sais, avoue Célia

— Tu sais quoi ? réplique sa mère, soudain véhémente

— Ta maladie. Je t’en veux de ne pas nous en avoir parlé et…

— Je ménage ton père, ton frère et toi !

— Mais mon père est un gros con ! éclate la jeune femme. Il ne mérite pas qu’on se sacrifie pour lui !

— Un temps nous étions heureux et avons fait deux enfants. Les choses ont changé, voilà tout ! » chuchote, au bord des larmes, Michèle. Puis se redressant, « D’abord, comment le sais-tu ? 

— Deuxième tiroir de la commode de ta chambre, sous les soutiens-gorges et petites culottes affriolantes, le double fond… »

La mère pousse un profond soupir. Elle a envie de hurler contre le Chaos, mais se retient.

« C’est là que je cache… je cachais… mon dossier médical », lâche-t-elle en regardant Christian.

 

 

A ce moment précis, à cinq-cents kilomètres de là, après un diner copieux et bien arrosé, un homme s’effondre au sortir du restaurant.

Appel aux pompiers qui l’emporte aux urgences de l’hôpital.
Les médecins ont l’habitude de ce genre de cas. Après un examen rapide, ils décident de le faire attendre pour qu’il digère, s'il le peut, et surtout qu’il dessaoule ! Le patient s’endort et ne se réveille qu’au matin, à l’occasion du changement d’équipe. Prise de sang, analyse d’urine, visite du cardiologue. Lors d’un interrogatoire serré, Jean-Yves est pris dans ses mensonges, cachoteries et approximations. Les résultats des analyses tombent et ils ne sont vraiment pas bons. Le cardiologue confirme l’état inquiétant du patient.

Hospitalisation. On prévient la famille.

 

Michèle reçoit l’appel. Elle s’affole, on la rassure : « Non, c’est simplement des excès de tout. En observation encore un jour ou deux.

Non inutile que vous veniez. Un monsieur avec qui il dinait, un de ses derniers clients, je crois, est venu lui apporter un nécessaire de toilette et un pyjama. Il est encore un peu groggy. Je pense qu’il pourra vous appeler dans la matinée. Bonne journée, Madame »

 

Appel de Jean-Yves en fin de matinée. « Tout va bien, ne t’inquiète pas. Je rentre après-demain. Oui, je serai prudent, etc… »

 

C’est le début du Week-End. Fatigué, Jean-Yves est rentré hier soir.

Avant de se coucher, il glisse à sa femme : « Fait-moi penser, j’ai un truc d’important à te dire demain.

— Moi aussi, dit-elle ». Mais il n’a pas entendu, il dort déjà.

 

Avant de se coucher, et pour faire comme à l’hôpital, il est passé sur Pése-tout-le-Monde qui n’a pas tardé pour envoyer les infos à la montre de Christian.

Celui-ci les transmet à son PC et les envoie à une IA. Résultat, gros problèmes à venir…

Quelques semaines plus tard…

 

Michèle a décidé de se faire soigner sérieusement. Son opération a été un succès. Son hospitalisation a été un peu plus longue que prévue, mais elle échappe à la cure dans un établissement réparateur. Ça se passera chez elle.

Jean-Yves a aussi été opérer, du cœur. Depuis, il est en convalescence.

Son médecin lui a prescrit un régime très strict, à suivre pendant trois mois !

Michèle partage le régime de Jean-Yves. C’est à peu près les mêmes recommandations que celles de son médecin.

Les repas ont été commandés auprès du restaurant de Christian et c’est lui-même qui livre.

Et c’est une bonne raison pour que Célia partage aussi ce régime.

« De toute façon, ça ne coutera pas plus cher que les tonnes de barbaque que vous achetiez ! » affirme-t-elle dans une parfaite mauvaise foi comme du temps où elle s’appelait le Chaos.

 

 

 

Coda

Michèle et sa fille ont décidé de passer la journée ensemble. Objectif, relooker Célia. Ses jeans sont tous lacérés et les hauts ne sont que ruines. Et peut-être que la mère arrivera-t-elle à convaincre sa fille de passer un moment chez le coiffeur ?

Jean-Yves, resté seul, en profite pour se rendre au PMU. Nous sommes en semaine, ses copains ne sont pas là. Après avoir joué, sur le chemin du retour, il passe devant la vitrine du traiteur. Il se rappelle que les femmes ont prévu de passer la journée en ville. Il craque et achète du pâté en croute, quelques tranches de saucisson. Le paquet n’est pas bien gros, il le cache sous sa veste, on ne sait jamais… Arrivé, chez lui, la cochonnaille est déposée au frigo en attendant l’heure du déjeuner.

Christian est au travail, lorsqu’il reçoit une alerte de Frigo. À la vue de l’image, il comprend. Demande à s’absenter une demi-heure. Il prend les repas, encore incomplets, destinés aux Delmas et, d’un pas pressé, va sonner chez eux. Jean-Yves lui ouvre.

« Bonjour, ce sont vos repas pour aujourd’hui et demain. Je vais les mettre au frigo, dit Christian.

— Jean-Yves tend les bras. Donnez, je vais le faire ».

Christian s’attendait à ce genre de réponse.

« Non, il faut que je déballe et rassemble plats et sauces. Laissez-moi faire.

— Comme vous voudrez », laisse tomber Jean-Yves en se réinstallant devant la télé allumée.

Christian a gardé sa tenue de cuisinier. Il laisse tomber le paquet maudit dans la poche ventrale, dépose à la place les plats qu’il a apportés et referme le frigo. Non sans avoir fait un clin d’œil à la caméra interne !

D’un signe, il salue Jean-Yves, dévale les escaliers et s’enfuit en courant. Il n’a pas le temps d’atteindre le coin de l’immeuble qu’il entend un pathétique : « Petit salaud ! »

 

Frigo est très content du tour que, lui et Christian, ont joué à Jean-Yves. Et la photo est très réussie. Il l’envoie à Pèse-tout-le-Monde et à Balance-de-cuisine. Celle-ci est aux anges, elle voit la tête du cuisinier et se dit que Célia a de la chance.